Les rues de Luingne

Le premier réseau routier de Luingne : voies romaines et limites de communes

Les hauteurs de Luingne sont généralement suivies par des chemins longeant pour la plupart les limites des seigneuries d’autrefois, des paroisses ensuite et, plus tard, des communes antérieures aux fusions de 1977.

Ainsi Tombrouck chevauche au point de rencontre des anciennes communes de Rollegem, Luingne, Mouscron et Dottignies, le long de l’antique “ verd chemin ”, terme fréquemment utilisé au 18e siècle pour désigner une route romaine et qui, dans ce cas-ci aboutissait à une “ heerstraete ”, un chemin d’armées : les chaussées de Lille et de Gand à Mouscron.

Outre l’exemple de Tombrouck, au nord, citons encore la hauteur d’Oreux (+/- 60 m) à l’ouest où la rue Louis Dassonville sépare Luingne d’Herseaux, la rue de la Montagne (45 m) limitant Herseaux de Mouscron et trait d’union entre Luingne et son enclave, la rue de la Malcense enfin, frontière avec Dottignies, à l’est.

Aux endroits de basse altitude (+/- 20 m), par contre, les limites de Luingne sont plutôt marquées par un ruisseau, mais il est fréquent d’y rencontrer une route longeant le cours d’eau durant une certaine distance : la rue Raymond Beaucarne suivant la Grande Espierre à la limite de Mouscron, la rue de la Barberie le long de la rive gauche de l’Esperlion séparant Luingne d’Herseaux et la rue de la Pinte de Lait à la frontière française formée par l’ancien lit de la Petite Espierre déplacé en 1972-1973 pour être rendu rectiligne.

 

 

 

Luingne, avant même de former un village était donc circonscrit par des routes appartenant au premier réseau routier de notre histoire et parmi celles-ci certainement d’anciens “ diverticula ” rejoignant l’axe principal, la voie romaine de Tournai à Wervik dont le tracé précis est encore sujet à des controverses.

Les rues de Luingne sur d’anciennes cartes

Ces cartes ont été choisies parce qu’elles appartiennent chacune à un siècle différent.

- 1688-1695 : Carte de lignes de Louis XIV[i] par Ch. Desbordes et le chevalier De Beaurain.

L’intérêt de ce document réside dans le fait que, malgré d’énormes imprécisions, il révèle l’existence d’une quinzaine de nos routes actuelles, dont les rues de la Barberie, R. Beaucarne, du Boeuf, du Bornoville, du Chêne du Bus, Curiale, L. Dassonville, de Dottignies, d’En Haut, Hocedez, de la Maladrerie, de la Malcense, de la Montagne, de Tombrouck, du Village.

- 1771-1778 : Carte des Pays-Bas autrichiens[ii] par Ferraris.

Beaucoup plus précise, elle fournit la situation quasi exacte des deux tiers du nombre de nos routes contemporaines. A celles déjà nommées ci-dessus, on peut ajouter l’actuelle chaussée des Ballons, les sentiers du Blanc Ballot et de la Bourgerie, les rues du Bréda, de la Crolière, du Crombion, de Drumes, d’En Bas (partie), de la Liesse, du Limbourg, de la Pinte de Lait (partie), du Plavitout, la Ruelle, R. Spriet, du Talus (partie) et la rue Verte.

- 1847 : Carte de l’ “ Atlas des communications vicinales ”, par Dangimont[iii].

Ici, les routes sont nommées, mais beaucoup d’erreurs doivent nous laisser circonspect; ainsi, par exemple, les rues du Boeuf et du Bréda ont leurs noms intervertis. Néanmoins ce document nous est d’un précieux appoint et les mentions qui y figurent seront rappelées lors de la revue détaillée des rues.

La voirie de Luingne : quelques étapes

- On a constaté sur les cartes qu’un grand nombre de rues existent depuis bien longtemps et, sur les cinquante-deux que compte Luingne actuellement, dix-sept -soit le tiers- ont été construites méthodiquement au 20e siècle (une seule au 19e).

- De 1769 à 1791 on pave la route de Mouscron à Dottignies par la place de Luingne. La route de Tombrouck a certainement aussi été pavée cette époque car en 1833 elle doit être réparée.

- En 1849 des sentiers ont été empierrés (“ marchepieds ”). Jusque là n’était connu que “ le sentier pavé en pierres qui va vers Herseaux ”[iv] en mauvais état en 1832.

- En 1867 : suppression des barrières de péage sur les routes vicinales pavées (communales) après avoir été décrétée pour les routes d’État et provinciales.

- En 1884 l’éclairage public existe et c’est le pétrole qui sert de combustible. De 1903 à 1905 il sera remplacé par le gaz. L’électricité fera l’objet des préoccupations du conseil communal à partir de 1922 et en 1934 toute la commune est éclairée électriquement.

Les sources d’inspiration des noms de rues de Luingne

A Noms d’origine ancienne

1) Vieux toponymes locaux : Barberie, Boclé, Bornoville, Bourgerie, Chêne du Bus, Crolière, Crombion, Drumes, Maladrerie, Malcense, Plavitout, Prés Granmet, Tombrouck.

2) Vieilles enseignes de cabarets : Blanc Ballot, Boeuf, Broche de Fer, Liesse, Pinte de Lait.

3) Toponymes de géographie locale : Place de Luingne, Village.

4) Toponymes de géographie régionale : Bréda[v], Dottignies.

B Noms inspirés de la topographie locale

1) Forme de la rue : Courte, Ruelle.

2) Relief : En Bas, En Haut, Montagne.

C Noms inspirés de l’oeuvre humaine

1) Personnages méritants[vi] : Albert Ier, Beaucarne, Dassonville, Decottignies, Élisabeth, Gadenne, Hocedez, Hocepied, Lagast, Mullie, Spriet, Vanneste.

2) Monde religieux : Curiale, Saint-Charles.

3) Exploitation privée : Briqueterie.

4) Services publics : Talus.

5) Recherche scientifique : Ballons.

6) Idéal patriotique : Alliés, Déportés, 12ème de Ligne.

7) Sobriquet : Cleugnottes.

D Noms inspirés de la fantaisie

1) Fantaisie géographique : Limbourg.

2) Fantaisie poétique : Verte.