L'ancien village de Luingne en 1200

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La dîme[ii]

1.1. Le but de la dîme

Cet impôt en nature, prélevé sur la récolte ou sur le croît des animaux, était divisé à l’origine en deux parts inégales dans les revenus paroissiaux. Un tiers, appelé "autel", servait à la subsistance du prêtre (voir note    , p.   ), les deux autres tiers, appelés "bodium", étaient censés être affectés au bâtiment de l’église. Primitivement, seule cette dernière partie fut concédée à des laïques. Aux 11e et 12e siècles, dans nos contrées, la plupart des dîmes étaient passées aux mains des laïques, soit usurpées par violence, soit leur assignées par l’Église pour services rendus ou à rendre[iii].

1.2. Des dîmes à Luingne aux 12e et 13e siècles

Baudouin De Trameries possédait une dîme à Mouscron et à Luingne tenue en fief de Guillaume De Moorsele, chevalier.

Au 12e siècle, le chapitre cathédral, et au 13e siècle l’abbaye Saint-Martin de Tournai entrèrent en lice. La possession de dîmes à Luingne par les chanoines du chapitre de Notre-Dame de Tournai débuta en 1178 par l’acquisition de l’autel de Luingne. En effet, cette année-là, Letbert II, doyen de Notre-Dame, souscrivit l’acte de donation au chapitre par l’évêque Evrard des "autels" d’Herseaux et de Luingne pour son obit. Pour se réaliser, cette donation bénéficia de l’intervention d’Arnulphe, archidiacre, futur successeur de Letbert II au poste de doyen.

Arnulphe reçut en 1190 la bulle du pape Clément III confirmant la possession de l’ "autel" d’Herseaux, donc la dîme, avec la chapelle de Luingue. Les principaux signataires de ladite donation furent Arnulphe, Robert II, archidiacre des paroisses de Zwijndrecht et de Berlaere, Thierry II et Daniel, chancelier[iv].

En 1200, le comte de Flandre Baudouin IX avait cédé au chapitre du Saint-Sauveur d’Harelbeke, pour 275 livres monnaie de Flandre, la dîme dont Baudouin De Trameries jouissait à Mouscron et Luingne. Dès 1205, le chapitre de Notre-Dame de Tournai, faisant valoir ses droits, acheta au chapitre d’Harelbeke, pour 137 livres, la moitié de cette dîme parce que cette partie de dîme était à prélever sur Luingne, paroisse relevant de sa juridiction.

Baudouin De Trameries n’ayant pas véritablement cédé ce bien à l’époque citée plus haut, il fallut que, le 26 mars 1224, Guillaume De Bruges, official de Tournai (homme de justice), constatât devant témoins que le chevalier Baudouin De Trameries avait réellement vendu ce bien[v]. Le décret de l’évêque de Tournai Walter De Marvis approuvant cette vente en janvier 1225 fut signé par Jean Abraham, archidiacre de Tournai et Jean II, hôtelier, entre autres[vi].

En mars 1242, Jean Scortin (ou Scoitin), fils de Gommer, vend au chapitre de Tournai et à l’abbaye de Saint-Martin une dîme située à Mouscron et Luingne qu’il tenait en fief de l’abbaye de Moorsele ainsi que l’hommage qui s’y rattachait. Guillaume De Moorsele, suzerain de Baudouin De Trameries pour ce fief qu’était la dîme de Mouscron et Luingne, devait approuver la cession opérée par son vassal[vii]. L’abbesse de Moorsele Adelise (ou Aelis) consentit à accepter cet acte mais le fit constater et approuver par les pairs de Jean Scortin. Le chapitre de Tournai obtint donc ici aussi la part de dîme s’étendant sur Luingne[viii].

Le 12 juin 1245, Jean De Bissenghien, surnommé Doyen, fils de Pétronille De Trameries, vend également une dîme située à Mouscron et Luingne à l’abbaye de Saint-Martin de Tournai et à celle de Saint-Bavon de Gand; cette dernière cède sa part au chapitre de Tournai, probablement la partie située sur Luingne, paroisse soumise à la juridiction dudit chapitre[ix].

Le chapitre cathédral de Tournai et son partenaire, l’abbaye de Saint-Martin (lorsque les dîmes de Mouscron s’étendent sur Luingne), furent alors parmi les principaux décimateurs à Luingne, et cela aux dépens de la seule famille De Trameries vassale des seigneurs De Moorsele, vavassale du comte de Flandre[x].

Cinq siècles plus tard le chapitre et l’abbaye de Saint-Martin de Tournai y conservent toujours leurs positions mais avec quelques autres décimateurs venus s’ajouter au fil du temps.