L'ancien village de Luingne en 1090
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Le troisième siècle voit s’ébaucher les premiers essais de christianisation de la région par Saint Piat, de Tournai et Saint Chrysole, de Lille, mais leur martyre prouve que la population autochtone refuse cette nouvelle religion[vii].
La reprise de l’évangélisation chrétienne est lente, finalement entre 500 et 550 des missionnaires venus des îles britanniques reprennent le flambeau avec un certain succès. Vers 621 Saint Achaire, évêque de Tournai, prêche dans la région, imité quelques années plus tard par Saint Amand, évêque régionnaire, c’est-à-dire sans poste fixe. Entre 647 et 653 Saint Eloi aurait prêché à Courtrai et dans les environs. Une géographie religieuse prend forme : notre région fait partie de l’évêché de Tournai juxtaposé à celui de Noyon . Mais ce zèle apostolique n’empêche pas le paganisme de conserver de tenaces racines car, au neuvième siècle, des idoles sont toujours vénérées publiquement à Roubaix et aux alentours; un peuple abondant vient y offrir des sacrifices.
Vers 1100 la structure des diocèses se précise : si Luingne fait toujours partie du diocèse de Tournai depuis environ cinq siècles, en outre il se situe dans l’archidiaconat de cette même ville jusqu’en 1559 et dans le décanat d’Helchin[x].
Une bulle du pape Pascal II (1090-1118) mentionne l’ « autel » de Luingne qui représente un tiers de dîme attaché à l’église et le droit de nommer un curé, ce qui signifie que Luingne possède au minimum un oratoire et est donc une paroisse dirigée par un curé. En 1146 l’évêché de Tournai est séparé de celui de Noyon auquel il était juxtaposé depuis des siècles[xi]. Le chapitre cathédral de Tournai devient possesseur de l’autel de Luingne et de ses terres, donation lui en est faite par l’évêque de Tournai Evrard (ou Everard) en 1178; cet acte est signé par Letbert II, doyen, Arnulphe, archidiacre, Robert II, archidiacre de Zwijndrecht et de Berlaere, Thierry II et Daniel, chancelier. En 1190, le pape Clément III confirme cette acquisition, par une bulle, à Arnulphe devenu doyen de la cathédrale de Tournai[xii]. A cette époque Gosselinus est curé d’Herseaux et de Luingne; pour sa subsistance il jouit de l’ « autel » de ces deux paroisses. La paroisse de Luingne dépend désormais -et ce, jusqu’à la fin de l’Ancien Régime- du chapitre de la cathédrale Notre-Dame de Tournai; des dîmes prélevées à Luingne passeront peu à peu dans les avoirs de cette autorité religieuse, ainsi, d’importantes dîmes de Luingne, possession du chapitre d’Harelbeke, y glisseront pour une moitié, en 1205. La seconde moitié de ces mêmes dîmes rejoindront l’escarcelle de l’abbaye Saint-Martin de Tournai à partir de 1223 et 1224; cette institution acquerra d’autres dîmes à Luingne et dans les environs[xiii].