L'ancien village de Luingne en 561

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Au temps des « anciens » Belges, les Atrébates habitaient la région d’Arras et leur territoire s’étendait probablement jusqu’à la rive droite de la Lys[i]. Les premiers habitants connus de ce qui était ou deviendra Luingne pourraient donc très bien être des Gaulois de la grande tribu des Atrébates.

Aux premiers siècles de l’ère chrétienne, le nom de Tombrouck fait supposer que notre village était déjà peuplé à cette époque à cause du radical « tomb » signifiant tumulus, cimetière[ii].

Sous l’occupation romaine, la Gaule Belgique, située entre l’océan, le Rhin, la Marne et la Seine, est divisée en provinces, en cités, en pagi (au singulier : un pagus). Le territoire de Luingne se situait dans la Belgica secunda, capitale Reims, dans la cité des Ménapiens ou Tournaisiens (le Mempisque) dont la ville de Tournai était le chef-lieu. Les Atrébates avaient été refoulés au sud de la Scarpe.

Les délimitations des paroisses qui deviendront villes ou villages puis communes par la suite datent probablement de l’époque romaine. Le territoire de Luingne avec son enclave, ne serait-il pas une « récompense foncière » offerte à un vétéran de l’armée impériale? Ce bon et loyal soldat serviteur de Rome aurait très bien pu s’appeler Lude, Lode, Hlude, Hlode, Chlodo, Ludinge, Ludinga, Lunius, Limba, Liwa ou encore Liubwin[iii].

Au cinquième siècle, l’invasion franque, précédée probablement par celle des Choques, provoque une germanisation primitive de la région, et des mots restés dans la toponymie locale en témoignent, par exemple Water-los  (Wattrelos) : bois humides, ros-baki (Roubaix) : ruisseau rempli de roseaux, heir-zele (Herseaux) : cantonnement d’armée. Chez les Francs, le gau germanique se confond avec le pagus romain pour former le pagus mérovingien. Luingne fait alors partie du Grand Pagus de la Ménapie ou Pagus tornacensis comprenant, entre autres, le Pagus moyen de Tournai. Ce dernier se subdivise en plusieurs petits pagi ou vicairies, et Luingne appartient au Petit Pagus de Tournai, du moins une grande partie de son étendue puisque ce pagus, appelé Vicaria tornaico, est limité au nord par la Grande Espierre, d’après la carte de Piot ci-annexée.

 Dès le siècle suivant, le sixième, la « re-romanisation » de la région s’amorce, sans doute à cause de la proximité et de l’énorme influence du foyer culturel romain de Tournai resté très florissant. Le diverticule romain passant par Tombrouck, en venant d’Estaimpuis en direction de Neuville-en-Ferrain et gravitant autour de la voie romaine Tournai-Wervick, pourrait avoir contribué à fixer dès ce sixième siècle la frontière linguistique à la limite nord de Luingne.

A partir de la mort de Clotaire Ier, fils de Clovis, en 561, la contrée située entre l’Escaut et la mer relève de la Neustrie. Luingne se trouve donc alors sous l’obédience des rois de cette région.

La sécurité de nos gens est mise à rude épreuve durant le neuvième siècle car en 880 les Normands prennent leurs quartiers d’hiver à Courtrai d’où ils effectuent d’incessantes razzias dans les villages voisins pillant et brûlant tout sur leur passage. Un an plus tard ils saccagent Tournai qui mettra trente ans pour se relever de ses ruines[iv]. Il serait heureusement surprenant que Luingne n’eût pas subi les néfastes effets de ces désastreuses « moissons de la mer ».

De Charles Le Chauve, petit-fils de Charlemagne, (traité de Verdun, 843) à Philippe Le Bon (traité d’Arras, 1435), la partie de la Belgique située à gauche de l’Escaut, contenant Luingne donc, relèvera de la France sous le nom de Flandre. Celle-ci fut érigée en comté que gouvernent bientôt les comtes de Flandre, vassaux du roi de France jusqu’en 1435. La Flandre (parfois appelée Flandre royale) fut divisée en châtellenies, dont celle de Courtrai pour ce qui concerne Luingne. C’étaient des circonscriptions territoriales soumises à des grands baillis, espèces de procureurs des comtes et exerçant une juridiction déléguée; toute cette organisation ne concernait que la bourgeoisie de ces lieux. A leur tour, les châtellenies étaient morcelées en verges. Luingne fit partie de la Verge des Treize paroisses, dans la châtellenie de Courtrai[v].