Luingne en 1940

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Aucune opération de troupes belges ne s’est effectuée à Luingne avant le 10 mai 1940. Durant la mobilisation de 1939 (et peut-être déjà de 1938) deux soldats belges, l’un originaire d’Audenarde, l’autre de Bruxelles, montèrent paisiblement la garde dans une guérite dressée au milieu d’un prairie de la ferme Joveneau longeant le sentier de la Bourgerie. Que devaient surveiller ces deux hommes d’un poste d’observation d’où le champ de vision était assez restreint? On ne sait.

Après le 10 mai 1940, si mouvements militaires il y eut à Luingne, ceux-ci furent noyés dans la masse des réfugiés qui se mirent à encombrer les rues à partir du vendredi 17 mai. Néanmoins l’état-major anglais de la 3ème division de Montgomery, qui deviendra célèbre, s’installa au château Capelle (actuel 22, rue Hocedez) où il séjourna au moins jusqu’au mardi 22 mai. Après que la grosse majorité de la population luingnoise eut évacué le village, on accusa cette troupe d’avoir visité et pillé les maisons abandonnées de force par leurs occupants. Des soldats britanniques logeaient, entre autres, à la cure.

A partir du lundi 27 mai, les Anglais repliés sur Herseaux et la frontière franco-belge avaient laissé place aux Allemands dont l’avant-garde occupa bientôt les hauteurs de Luingne, de la Malcense à Oreux et la rue du Crombion. Des postes de surveillance furent établis ce même lundi en haut de la chaussée de Luingne et à la rue Louis Dassonville, devant la ferme d’Oreux (Walcarius), sans doute aussi à la Haute Malcense (rue d’En Haut). Ces lieux stratégiques occupés militairement reçurent l’inspection d’un haut gradé allemand. On prétend que ce fut Rommel. Aucun coup de fusil ni de mitrailleuse ne fut tiré, mais les artilleries lourdes, aussi bien allemande qu’alliée s’échangèrent des salves qui, heureusement, ne firent aucun dégâts sur le territoire luingnois. Il n’y eut pas de victime civile à Luingne durant ces dix-huit jours, rappelons-le; par contre des militaires y furent tués : un Anglais mortellement mordu par le chien du curé Amand Verstraete à la suite d’un stupide pari[1], un artilleur allemand posté à la Malcense près de la ferme de la Bourgerie (Renard), un pilote allemand carbonisé dans son appareil abattu au Blanc Ballot et deux aviateurs d’un bombardier allemand en perdition tués au sol rue du Val (actuelle rue de la Crolière). Voici les circonstances de ces deux drames de l’aviation. Le premier s’est déroulé le mardi 21 mai 1940 dans l’après-midi[2]. Aussitôt le "Heinckel 111" allemand planté au sol, quatre des cinq occupants en sortent et se réfugient dans les maisons voisines du sentier du Blanc Ballot à Luingne. Les Anglais cantonnés au quartier tout proche des Ballons, à Herseaux, accourent et des coups de feu s’échangent. Les balles incendiaires anglaises embrasent bientôt le garage de la maison Forment ainsi que l’épave de l’avion gisant à proximité; le pilote, resté à son poste pour se défendre, périra dans le brasier.

Le second drame est la chute d’un "Dornier 17", rue Verte, à Mouscron. Nous relatons brièvement cet événement qui s’est déroulé en lisière de Luingne, sur Mouscron, dans l’actuelle rue G. Vanzeveren, parce que des aviateurs allemands tués dans cette chute furent inhumés sur le territoire de Luingne, dans un champ bordant la rue du Val (actuelle rue de la Crolière). Leurs dépouilles ne quittèrent l’endroit que plus tard durant l’occupation.

Cette tragédie se produisit le samedi 25 mai vers 13h30. Un bombardier de la Luftwaffe du type "Dornier 17", heureusement délesté de ses bombes, est en difficulté et semble chercher à se poser à l’écart des habitations, sur les champs qui forment l’actuel clos du Bornoville à Luingne comprenant les rues R. et G. Mullie et des Déportés. Deux passagers sautent en parachute malgré la faible altitude et s’écrasent au sol. L’appareil s’encastre finalement dans une rangée de maisons de la rue Verte (actuelle rue G. Vanzeveren) endommageant fortement trois d’entre elles et tuant deux civils mouscronnois; le corps du pilote, éjecté de l’avion tombe au milieu de la rue.

Les soldats furent enterrés, enveloppés de leur parachute, à l’endroit où les deux premiers avaient perdu la vie. Une pale et un képi indiquèrent le lieu de leur sépulture aussi longtemps que les corps ne furent pas transférés dans un cimetière militaire.

Sigles et abréviations

A.B. : Armée Belge,   A.S. : Armée Secrète,   F.I. : Front de l’Indépendance,   F.K. : Feldkommandantur,   L.B. : Légion Belge,   OFK. Oberfeldkommandantur,   P.A. : Partisans Armés,   P.C. : Parti communiste,   NSKK. : Nationalsozialistischekraftfahrkorps,   V.N.V. : Vlaamse Nationaal Verbond,   W.O. : War Office

1. A la veille de l’invasion de mai 1940

1.1. La situation à Luingne

Au 31 décembre 1939, Luingne compte 3228 habitants, soit 582 au km2. La quarantaine de fermes en activité qui parsèment son territoire de 554 ha lui confèrent un aspect de gros village à vocation agricole. Ce caractère l’a de tout temps porté vers la droite : les catholiques y sont majoritaires. Dans les années trente, "Rex" y fut aussi présent que les socialistes (tous deux près de 30% aux législatives de 1936 pour 35% aux catholiques), mais les élections communales de 1938 l’élimineront de la scène politique : sept sièges reviendront aux catholiques pour deux aux socialistes[1].

Au point de vue linguistique, Luingne dut admettre le bilinguisme en 1932 car, d’après le recensement de 1930, 36 % des habitants prétendaient y parler le plus souvent le flamand[2].

Quelques constatations concernant ces mobilisés.

Æ Le nombre de miliciens luingnois ayant grossi les rangs de l’armée belge s’élève à près de trois cents, si ces listes sont exactes et complètes.

En voici le nombre par classe :

1940 : 8; 1939 : 23; 1938 : 13; 1937 : 16; 1936 : 12; 1935 : 16; 1934 : 12; 1933 : 21; 1932 : 11; 1931 : 9; 1930 : 18; 1929 : 18; 1928 : 19; 1927 : 16; 1926 : 17; 1925 : 3; 1924 : 6; 1923 : 3; 1922 : 11; 1921 : 5; 1920 : 5; 1919 : 4; 1918 : 7; 1917 : 4; 1916 : 6; 1915 : 5, soit 291.

Æ Au moins 25 hommes parmi ces rappelés d’août 1939 à mai 1940 furent démobilisés à différentes dates avant le 10 mai 1940 pour des motifs divers (inaptitude physique, famille nombreuse, soutien de famille, etc ...). Les classes des plus âgés (de 35 à 45 ans) fournirent évidemment la majeure partie de ces exemptés définitifs.

1.3. Les soldats luingnois morts pour leur patrie

Arthur Clayes, 31 ans, époux de Virginie Pannekoucke, père d’un enfant, tué à Merelbeke le 21 mai 1940;

Emile Depauw, 26 ans, célibataire, tué à Marialoop Meulebeke, le 26 mai 1940;

Marcel Lefebvre, 32 ans, célibataire, tué à Messines, le 26 mai 1940;

Lucien Maes, 28 ans, époux d’Alice Vanherzeele, tué à Bavichove, le 24 mai 1940;

Roger Vanhoutte, 27 ans, époux de Maria Windels, père de deux enfants, mort au camp de prisonniers d’Altengrabow, le 10 juin 1940.

A ces cinq braves, ajoutons deux concitoyens soldats français morts pour leur pays :

Marcel Mériaux, 21 ans, décédé à Marceuil (F), le 30 mai 1940;

Roger Morjean, 28 ans, décédé à Béhéricourt (F), le 7 juin 1940;

Fait curieux, on cite un "introuvable" dans les dossiers consultés. Quant à Léon Leclercq (classe 1930), il est porté disparu en mai 1940.

1.4. Les prisonniers militaires luingnois en captivité durant cinq ans

Gaston David,                      classe 1936, rentré le 21 mai 1945;

Henri Deleu,                         classe 1937, rentré le 10 mai 1945;

Roger Depelchin,                  classe 1933, rentré le 10 mai 1945;

Albert Leclercq,                    classe 1936, rentré le 6 mai 1945;

Georges Van Assche,           classe 1928, rentré le 7 juin 1945.

Notons que Henri Gadenne, classe 1927, rentra le 15 janvier 1942, après dix-neuf mois de captivité en Allemagne.

Parmi les prisonniers luingnois de nationalité française, nous relevons :

Edmond Pétraman, absent de chez lui pendant six ans, rentré le 17 mai 1945;

Auguste Raets, absent de chez lui durant six ans; lors de son retour en mai 1945 il fut fêté pendant trois jours au Plavitout.