L'ancien village de Luingne en 1794
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Luingne dans le "combat de Moscroen"
En avril 1794, des manoeuvres militaires alliées se développent de Maubeuge à Dunkerque en vue d’assiéger Landrecies, sur la route de Paris. Le Français Pichegru -ou le Comité de Salut Public?- imagine alors une audacieuse manoeuvre de diversion de la moitié de son armée vers les Flandres, sur Courtrai, pour dégager Landrecies. Cette opération réussit pleinement car le 26 avril 1794 cette partie de l’armée française vainquit les trois corps d’armée morcelés de Clerfayt. Vers le midi de ladite journée, le général Van Wangenheim, aux ordres de Clerfayt, battit en retraite de Mouscron au-delà de Luingne et de Dottignies jusqu’à Espierres, mais les Français de Souham ne le poursuivirent pas, se dirigeant comme prévu vers Courtrai qu’ils investirent.
Le général autrichien Oynhausen, remplaçant Van Wangenheim, reçut l’ordre de reprendre Mouscron occupé par cinq mille hommes de Bertin. Il divisa ses troupes en trois colonnes dont la première partit d’Espierres, passa par Dottignies et s’empara de Luingne puis de Mouscron. Commencée le 28 avril 1794 à cinq heures, cette opération fut un succès complet.
Le même jour, trois bataillons et dix escadrons du général Clerfayt passèrent à Luingne venant de Dottignies vers Mouscron pour rejoindre les soldats d’Oynhausen.
Le lendemain 29 avril 1794, trente mille Français ripostèrent : Herseaux et Mouscron furent pris puis perdus alors que Luingne est superbement conservé par une division de Sztarray. Par quatre fois les Français sont repoussés de partout mais, inférieurs en nombre, les soldats de Clerfayt battent en retraite vers seize heures. L’aile droite comprenant les Impériaux se dirigea alors au-delà de Luingne et fut assaillie par l’ennemi dans un désordre général où les corps à corps ensanglantèrent la mêlée. Les Impériaux y perdirent trois cent trois hommes et onze canons, toutefois les Français renoncèrent une nouvelle fois à la poursuite ayant eux-mêmes perdu plus de trois mille des leurs dans l’ensemble des combats
[5].1.3. Luingne dans la bataille de Tourcoing (17 - 18 mai 1794)
Si le territoire de Luingne constitua une partie du champ de bataille du choc de Mouscron, il ne sera par contre que le théâtre de mouvements de troupes alliées lors de la bataille de Tourcoing. La colonne du général De Busch marcha en effet le 17 mai 1794 par Espierres et Dottignies sur Mouscron où les Français, un moment en difficulté, forcèrent les Hanovriens à se replier derrière l’Espierre. La bataille eut lieu le lendemain et fut un nouveau triomphe pour les troupes de la République qui formaient l’Armée du Nord.
La victoire française de Fleurus (26 juin 1794) ouvrit définitivement l’accès à l’occupation républicaine de notre pays, provinces autrichiennes et liégeoise confondues
[6].2. La fuite des Luingnois
Encore sous l’émotion d’une première occupation pour le moins tapageuse, effrayée à l’idée de revivre des affrontements militaires, une partie de la population luingnoise s’enfuit, cherchant plus de sécurité vers l’intérieur du pays. C’est ainsi que les villages de Pottes, Evregnies, Warcoing, Espierres, entre autres, recueillirent ces gens inquiets parmis lesquels des mères enceintes ou jeunes accouchées qui y firent baptiser leurs nouveau-nés, comme l’atteste le registre paroissial de l’époque
[7]. Nous y lisons : N 16. Nota. Les trois enfans suivans sont venus au monde et ont été baptisés hors de la paroisse à l’occasion de la fuite que leur mère a prise pendant la présente guerre et le deuxième est né à Luingne. Le 14 mai 1794 est née vers les deux heures la nuit en la paroisse de Pottes...Le même jour, la petite Luingnoise Amélie Delcroix était baptisée à Espierres par le curé du lieu Cordier, les parrains et marraine, membres de sa famille, avaient accompagné ses parents dans leur exil
[8]. Le 19 mai suivant, le curé de Luingne, François J. Crupelant baptise Floribonde Selosse dans l’église de Pottes avec le consentement du curé de l’endroit. Le bébé avait vu le jour ce jourd’huy vers les deux heures l’après-midi en légitime mariage ...[9].Il est à noter que le 19 mai est le lendemain de la bataille de Tourcoing. Ces départs précipités durent commencer entre le 17 avril et le 14 mai 1794 puisque les baptêmes se sont déroulés régulièrement à Luingne jusqu’à cette première date
[10]. D’autres nouveau-nés luingnois furent baptisés de la sorte hors de leur paroisse, du 1er juin au 14 juillet 1794, un à Warcoing et six à Evregnies[11].A partir du 14 juillet, on baptise de nouveau à Luingne,preuve que la majeure partie de la population luignoise a depuis lors regagné ses pénates.
En ce qui concerne les décès durant cette période d'exil s'érendant du 17 avril au 14 juillet 1794, six personnes sont mortes à Luingne. Le clergé local ayant fui, ce furent des Luingnois restés chez eux qui ont procédé à des inhumations sommaires. Le 27 avril Pierre Joseph Nuttin mit en terre Jean-Baptiste Leman, sept ans et le 15 mai son frère Jean-Louis Leman, un an et demi. Le 24 mai François Boulanger, tailleur, enterra Jean-François Mercier, quarante cinq ans et le 7 juin Marie-Thérèse Delemme, septante ans, et Marie-Thérèse Spriet, soixante sept ans. François Selosse, fossier (fossoyeur) inhuma Marie-Joseph Stoeux le 30 juin.
Dans le douzième registre paroissial, aux pages 113 et 114, il est ajouté pour chacun de ces actes de décès : …à cause de la guerre.