L'ancien village de Luingne en 1789

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Les armées recommencent à passer et repasser

La France toute proche est sens dessus dessous depuis quelque temps, des rumeurs diverses, le plus souvent alarmantes arrivent jusqu’ici, 1789 a été vivement animée même en province, les années suivantes ont laissé planer la curiosité, l’inquiétude puis, pendant que la Révolution Brabançonne se meurt chez nous, la menace française s’accentue juste à côté.

Le 20 avril 1792, le ministère girondin de Louis XVI déclare la guerre à l’Autriche dont nous dépendons. Sans tarder, les Carmagnols -nom donné ici aux révolutionnaires français[1]-, profitant d’absences momentanées de troupes alliées, font de fréquentes incursions belliqueuses de Mouscron à Dottignies, via Luingne, terrorisant la population sur leur passage, saccageant même l’église de Dottignies[2] et probablement celle de Luingne.

Du 17 juin au 8 juillet 1792, les troupes autrichiennes arrivées à la rescousse et cantonnées à Dottignies passent et repassent chaque jour à Luingne, allant à Mouscron et en revenant pour y garder la frontière[3]. Notre village vit des heures agitées, Claude Philogone Delepaut, sergent, doit veiller au bon ordre et exercer une vigilance accrue.

Le 22 septembre 1792, la jeune Convention française décrète l’établissement de la république et la victoire de Dumouriez à Jemappes (6 novembre 1792) consacre la possession par la France de nos provinces : l’armée républicaine est une première fois maîtresse des lieux. Cependant, après la défaite de Neerwinden (18 mars 1793) elle évacue en bon ordre notre territoire et des troupes impériales reviennent mais délaissent assez vite la région. Ce manque de surveillance enhardit les Français qui, à partir du 25 avril 1793, opèrent à nouveau de fréquentes et cruelles percées à Mouscron et aux alentours. Des fantassins et des cavaliers hollandais sont appelés, la suite de l’année 1793 sera dès lors parsemée d’escarmouches entre belligérants attaquant tour à tour les positions adverses.

Du 30 août au 9 novembre 1793, la population environnante est mise à contribution par des troupes hanovriennes venues camper à Mouscron : quatre cent cinquante-six pionniers luingnois -pratiquement toute la force vive du village- mêlés à ceux des localités proches, doivent aider à creuser des tranchées et construire des ouvrages d’artillerie[4].

Ces combats sporadiques finissent par faire partie du quotidien, des gens accoutumés aux dangers des échanges de coups de feu s’approchent parfois imprudemment des combattants, par simple curiosité, pour assister à des tirs sur l’ennemi. Léopold Leman, le clerc de Luingne, perdit ainsi la vie suite à une blessure de balle reçue le 13 septembre 1793 alors que, spectateur téméraire d’un combat au Castert à Rekkem, il essayait de fuir les "Carmagnols" qui le surprirent; emmené à l’hôpital de Lille, il y mourut le 22 suivant.

Luingne, traversé par la route reliant Menin à Tournai, fut durant toute cette période le théâtre quasi journalier de déplacements de régiments ou de patrouilles, des Hanovriens et des Hessois entre autres, s’activant à des préparatifs stratégiques. Le début de 1794 conserve pour la région le même schéma des événements jusqu’à ce que survient le paroxysme en la matière : le combat de Mouscron, du 26 au 29 avril 1794.