Luingne en 1695
Le nombre d’habitants relevé par ce recensement est de 535 personnes alors que le répertoire en avancerait plus de 1000. Il faut ajouter qu’ici l’année est précise : 1695, en plein creux de la vague des guerres de LOUIS XIV et au sortir d’une épidémie de peste dramatique. Bon nombre d’habitants ont fui le village, sans nul doute, ne serait-ce que momentanément. Précisons encore que le répertoire puise ses renseignements sur une étendue de temps allant de 1690 à 1728; en une dizaine, sinon une vingtaine d’années plus sereines Luingne aura eu le temps de se refaire.
Les censes, fermes importantes, sortes de modestes P.M.E. avant la lettre, étaient au nombre de six. Outre les trois déjà nommées : des Haies (treize personnes dont huit actives), de Drumes (dix personnes dont quatre actives) et de Plancque (douze personnes dont sept actives) il existait aussi la Bourgerie (douze personnes dont huit actives), la Bassée (sept personnes dont six actives) et la Blommerie (dix personnes dont cinq actives).
Le répertoire n’a rien révélé de la situation sociale des Luingnois à cette époque, le recensement classe ceux-ci en quatre catégories, depuis les plus nantis jusqu’aux pauvres totalement démunis : parmi ces 535 habitants, 97 meilleurs sont groupés en 12 foyers, 141 médiocres en 30 foyers, 168 pauvres honteux en 46 foyers et 129 pauvres mendiants en 43 foyers.
- Le 7 octobre 1531 un placard défend aux taverniers de vendre à boire dans leur établissement durant le temps des offices religieux se déroulant en leur paroisse les dimanches et jours de fête sous peine d’amende pour chaque consommateur et du double pour le cabaretier
[1].- Cinquante ans plus tard, le registre des oeuvres de loi des seigneurs de Mouscron - donc de Luingne - et de le Val, à la date du 18 juillet 1581, contient ce passage qui nous intéresse : le bailli a fait vérifier la contenance des potz ou demi potz de pierre des maisons des ottelains
[2] et des taverniers vendant bière sur la seigneurie de Mouscron et village. Ces récipients ayant été trouvés trop petits chez plusieurs débitants de boissons, l’amende de III livres parisis par potz déficient a suivi[3].- Le 1er juillet 1606, une ordonnance de Sa Majesté [Philippe III] défend d’aller avec des armes de toutes espèces dans les cabarets
[4].- Le 5 septembre 1722, un placard de Sa Majesté [Charles VI d’Autriche] ordonne une amende de 50 florins à quiconque débite des boissons alcooliques par petites quantités sans autorisation des gens de loi
[5].- Un peu plus tard, en juin 1731, un règlement de police de la seigneurie de Saint-Pierre de Lille signale que ...dans les terres dépendantes [... ...] situées dans les paroisses de Mouscron, Luingne, etc... [... ...] des particuliers n’aiant aucune permission de vendre à boire, débitent du brandevin par petites mesures dans leur maison où beaucoup de gens vont yvroigner et dépenser l’argent nécessaire à la subsistance de leur famille...
Désirant enrayer ces maux et en prévenir d’autres, le doyen et le chapitre de cette seigneurie décident de rétablir l’observation des ordonnances anciennes.
En plus, ... Voulant empêcher les excès, débauches, yvroigneries et querelles qui ont coutume d’arriver dans les cabarets, nous défendons à chacun de s’y trouver après dix heures du soir pour le temps de l’esté à commencer au 15 mars jusqu’au 15 septembre, et pour l’hiver, après neuf heures du soir, depuis le 15 septembre jusqu’au 15 mars, à peine d’encourir l’amende de trente patars, et de trois florins à la charge du cabaretier qui donnera à boire après lesdites heures.
Nous défendons très expressément d’aller à quelque heure que ce soit, au cabaret avec des armes, tant fusil que pistolet, pique, espée, poignard ou autre, à peine de confiscation desdites armes et l’amende de vingt florins carolus,...
La même autorité rappelle en outre : Nous défendons aux cabaretiers de donner à boire et aux particuliers de boire au cabaret, les dimanches ou festes pendant la messe, le sermon ou les vêpres, sous l’amende de trente patars à la charge de chaque personne qui y boira auxdits temps, et du double à l’égard des cabaretiers...
[6].Le sergent (garde-champêtre) devait de temps à autre "en faire la vérité", c’est-à-dire rappeler à haute et intelligible voix, sur "la pierre du champêtre" près de la sortie de l’église, la teneur de cette interdiction - qui semblait s’oublier très vite - aux issues des offices.
- Ce qui précède est tellement vrai que, le 7 décembre 1738 - soit à peine quelque sept ans plus tard - le règlement de police de la seigneurie de Saint-Pierre de Lille, affiché au mois de juin 1731, n’ayant probablement pas été suivi avec suffisamment de rigueur - ou les abus n’ayant pas décru - est publié à nouveau
[7].- Le mal ne diminue pas car, en 1749, les gens de loi, tant de la seigneurie de Saint-Pierre de Lille que du comté de Mouscron rappellent le 24 décembre les anciennes défenses pour restreindre le nombre de débits de "brandewyn" ou eau-de-vie dans les cafés illicites appelés "petits trous à eau-de-vie". Dans le texte qu’ils soumettent à leurs administrés, il est ... défendu bien et expressément à tous et quiconque que ce puisse estre de débiter des brandevins par petite mesure, sauf les anciens francs cabarets publicqs, à peine d’encourir l’amende de cinquante florins..
[8].- La taxe sur la boisson vendue se fait périodiquement rappeler à son mauvais souvenir : un arrêt du 1er octobre 1775 porte celle-ci à deux patards par lot de vin et à cent vingt patards sur chaque tonne de bière à charge du cabaretier
[9].- Pour que ces articles de loi particulièrement impopulaires soient appliqués dans toute leur rigueur, il faut des sergents zélés et soumis. A cet effet le chapitre de Saint-Pierre de Lille leur adresse le 5 juin 1779 une ordonnance dont voici les passages concernant les cabarets.
... Article 6. Ils [les sergents] veilleront à la police dans les cabarets où ils se transporteront pendant les heures d’offices, et le soir après la cloche de la retraite pour y prendre à l’amende le cabaretier et les buveurs qu’ils y trouveront et si les contrevenans ne paient leur amende de suite, ils les assigneront aux premiers plaids.
... Article 8. Ils publieront exactement les bans de mars et d’août, et veilleront à faire observer les articles y contenus, et ils se rendront à Lille aux premiers plaids desdits mois de mars et d’août, pour y être présents à l’adjudication et prendre les affiches desdits bancs, qu’ils afficheront dans les cabarets et autres lieux de leurs districts; ...
[10].- Sous l’Ancien Régime, les cabarets ont procuré invariablement les mêmes problèmes aux autorités : la vente en petites quantités de boissons en des lieux non reconnus officiellement, les heures d’ouverture et de fermeture des cabarets, le port d’armes en ces lieux, la fermeture des débits de boissons durant les offices religieux.
Après la Révolution française ce dernier point disparaîtra, on parlera moins du port d’armes, les heures de fermeture resteront un souci constant et, pour la Belgique, la vente de petites quantités sera restreinte uniquement aux liqueurs (Loi Vandervelde); par contre, une nouvelle préoccupation fera son chemin dans la pensée du législateur : la santé et son prolongement logique, l’hygiène.
- Le 18 juillet 1581, le bailli de la seigneurie de Mouscron "et village" fait vérifier la contenance des "potz" dans les cabarets. Le mot "village" englobe Luingne où doit probablement habiter au moins un tavernier.
- Le premier registre paroissial de Luingne (1630 - 1650) contient à la page 52 une annotation intéressante : "Le 2e du mois de sept. 1644 fut bapt Catherine fille de Pier du Leu tavernier à la place publique de Luwingne..."
[18].Ce Pierre du Leu est donc le premier tavernier de Luingne connu à ce jour.
- En août 1653 Cateline Deleneste est veuve de Denys Corret (ou Cornet), tavernier à la place de Luingne et Arnould Dilys est oste
[19] sur cette même place[20]. Deux ans plus tard, en juillet 1655, Jean Desreveau, chirurgien à Warneton, vend à Laurent Bas un lieu masnoir à usance de taverne, place de Luingne, occupé par Ernould Dily[21]. Ce dernier est né en 1608 et l’époux de Madelaine Heere, il tiendra la taverne au moins jusqu’en 1681[22].- En 1685 Georges de Lespaux est tavernier et a probablement remplacé le précédent car il n’y avait qu’une auberge sur la place de Luingne
[23].- En 1690 Jean Bracaval succède à De Lespaux, une "signification" du notaire d’Herseaux Van Overschelde à Jean-Baptiste Catteaux, bailli de la seigneurie St-Pierre à Mouscron, ou à sa femme, nous le prouve : A la requête de soubsigné soubz ferme du droit de vingt patars à la tonne de la bonne bière a debiter par les taverniers et autres du saison commenché le 12 maÿ 1688 et expiré le XIe de maÿ 1689 : il plaira au Sr Bailly de la seigneurie de St Pierre de Lille a Mouscron, de executer la personne de Jean Bracaval fils de Jean tavernier a Luingne pour la somme de vingt quatre livres parisis pour IIII demÿ l’année de la dite ferme escheue XI de maÿ 1689 : et ce en suitte de l’article 24 de la nouvelle lÿste decretée le 30e octobre 1684 : promettant le garand informa ainsÿ requis ce XIIe de l’an 1690 : le sm, estoit signe marcq George de l espaux
[24].Le recensement de 1695 indique Frans Bossut, tavernier, qui a trois enfants, deux valets et une servante. Il fait partie de la classe sociale des meilleurs
[25]. Il meurt en 1712 et laisse sa veuve Marie Magdalène Leman diriger l’établissement.On trouve ensuite Daniel Léonard Castel cabaretier à la place de Luingne. En 1742 plainte et saisie sont faites chez lui et l’on peut se rendre compte des êtres de sa taverne grâce à l’inventaire dressé à cette occasion. Il y a l’assiette du les de l’église [salle de cabaret située du côté de l’église], la cuisine, la cave, la chambre sur la cave, un ouveroir [pièce où l’on tisse], la chambre sur l’ouveroir, la chambre outre (au-delà de) l’ouveroir, le grenier, une boulangerie, une bourloire [pièce où l’on joue aux boules] et la cour
[26].- Cette unique taverne de la place de Luingne sera ensuite occupée par Gérard Driessens de 1745 jusqu’en 1746, année de son exécution par pendaison pour avoir volé le trésor des pauvres de la paroisse.Le 5 juillet 1745 il avait fourni de la nourriture et des boissons : 88 pots de bierre, 1 pain, une potte de brandevin et le lendemain : 1 tonne de bierre, 33 demi lots de bierre tiré par pots, 14 l de pain et une chandelle aux troupes du commandant Tilly de passage lors de la guerre de Succession d’Autriche
[27].1700 1740 1800 1814 1830 1840 1850 1860 1870 1880 1890 1900 1910 1914 1918 1920 1930 1940 1944 1945 1949 1950 1951 1952 1953 1954 1955 1956 1957 1958
1959 1960 1961 1962 1963 1964 1965 1966 1967 1968 1969 1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988
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