L'ancien village de Luingne en 1683
1695 1700 1728 1740 1800 1814 1830 1840 1850 1860 1870 1880 1890 1900 1910 1914 1918 1920 1930 1940 1944 1945 1949 1950 1951 1952 1953 1954 1955 1956 1957 1958 1959 1960 1961 1962 1963 1964 1965 1966 1967 1968 1969 1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
La guerre des limites ou guerre des Chambres de réunion (1683 - 1684)
Au lendemain des traités de Nimègue (1678-79), Luingne, village traversé par des fortifications de campagne et frontière avec le bailliage de Tournai français, fit partie du "territoire à tentative de réunion"[xxviii] imposé par Louis XIV car l’article 14 des traités susdits prévoyait l’échange possible de villages de la verge de Menin les plus proches de Courtrai contre ceux qui servaient à la convenance du roi d’Espagne. Le but des Français dans cette stratégie diplomatique qu’on a appelée les "Chambres de réunion" ou "la politique des Réunions" (1679-1684) était plus précisément de récupérer les villages de Rekkem, Rollegem, Mouscron, Luingne, Herseaux, Dottignies et Espierres non par souci économique, mais parce qu’ils contenaient les lignes auxquelles la France portait un intérêt tout particulier.
Devant la réticence de l’Espagne, les armées françaises envahirent (une quatrième fois) la châtellenie de Courtrai d’octobre 1683 à octobre 1684 et la guerre reprit entre les deux camps, une guerre mentionnée avec discrétion dans nos manuels d’histoire mais qui fit très mal à Luingne et à ses habitants.
En octobre 1683 des fermiers luingnois doivent prêter en tout quatre chariots de quatre chevaux chacun pour charriage divers (bagages, fourrages) au camp d’Harelbeke. Ces fermiers sont Louys Stock, Jean Hauwel, Pierre Carrette (Plancque), Rogier Courouble (Blommerie), Jean Farvacq (Haies), Cornil Roussel, Pierre Le Peer, Jacques Liebert. Sont aussi requis pour pareil cariage : Simon Baudrenghien et Louys Van Neste.
Luingne doit livrer quatre vaches à Harelbeke par envoy du 17 d’octobre 1683 (sur les soixante au total que cédera la verge des Treize Paroisses). Ces animaux sont achetés à Pierre Escrohart, André Du Barre, Jean Liebert (Bassée) et Jean Farvacq (Haies).
Le mois suivant, Luingne subit la présence d’une troupe de cavalerie française du marquis De Bouflers en garnison au cimetière et logeant à la place du 11 au 30 novembre 1683[xxix]. Le 14 novembre ce sont deux capitaines, deux lieutenants, deux maréchaux des logis et 84 militaires; le 15, des officiers et 48 militaires; le 16, un lieutenant et 15 militaires; le 19, un brigadier et 5 militaires; le 22, des officiers et 48 militaires; le 23, un capitaine, un lieutenant et 32 militaires... Pour satisfaire ces guerriers il faut évidemment de la viande, des légumes, des boissons et aultres gratuits, mais aussi des ustensiles de cuisine, des lits, des draps, des couvertures, des services de table. Tout cela est abîmé, enlevé en partie. Une grande quantité de bois, 778 rations d’avoine, 1432 rations de paille et 1043 livres de foin complètent le lot des exigences militaires au grandissime intérêt du villaige[xxx]. On doit construire des baraques des soldats fantassins sur le chementière dudit Luingne car les habitations de la place ne suffisent pas pour accueillir tout ce monde militaire.
Jacques Delputte, Jean Hauwel, Pierre Carrette, Georges Hallewin, Jacques Castelain, le veuve Pierre Escrohart, Michel Mourkerke, Jacques Liebert, Jean Parent s’emploient à ces constructions. Autour de l’église, le cimetière est fortifié à l’aide de palissades et des routes sont coupées; la sacristie sert sans doute d’arsenal. Les armées de l’époque ne disposant pas encore d’un corps de génie, les travaux incombent de force aux civils du voisinage. Les Luingnois qui suivent ont participé à ces travaux de fortification de la chementière et coupé les chemins : Philippe Parmentier et son fils durant quatorze jours; Jaspard Delvinquière, six jours; Jean Delvinquière, cinq jours; pendant trois jours : Philippe et Jean-Baptiste Descamps, Daniel Parmentier, Jacques Hallewin, Pierre Du Coulembier; pendant deux jours : Estienne Mourkerke et Philippe De Kimpe; pendant un jour : Jean-Baptiste Liebert, Michel Mourkerke, Christophle Herman, Guillebert Delespierre, Pierre Delputte, Jean-Baptiste Mallet, Anthoine Du Prie, Laurent Farvacque, Georges Desprets, Josse Du Leu, Toussaint Desbouvrie, Pierre Desbuccois, Pierre Delvinquière, Jean Du Quesne, Jean Pene, Michel Carrette, Philippe Wiele, Frans DuQuesnois, Jean-Baptiste Bonte et Guillaume Lefebvre.
Josse Descamps et Pierre Deltour ont travaillé trois jours à deux, George Delespaux y a pareillement travaillé y compris quelques voyages au service du villaige[xxxi].
N’oublions pas que des Luingnois doivent assurer un service de garde aux "lignes" et former une milice locale.
Fin 1683, les troupes françaises font accélérer la remise en état des fortification, l’ingénieur Du Puich dirige les opérations, les paysans doivent fournir des palissades, supporter les frais de logement de la troupe et participer aux travaux le long des lignes[xxxii] dont de nombreux charriages; il a fallu livrer des vaches, de l’avoine, du foin et "aultres" que les Français font conduire par les fermiers aux magasins de Menin. Jean Libert, encore lui, et les gens des alentours sont une fois de plus affectés par l’insupportable voisinage de ces activités militaires.
... l’an 1683 et 1684 ils ont souffert des nouvelles lignes faites depuis la Lys jusqu’à l’Escaut et continué l’espace de sept mois ou d’environ et étant les soldats commandés et gardés auxdites lignes journellement chez ledit Libert et ailleurs pour les forces à donner ce qu’ils vouloient et pareillement iceluy Libert a dû contribuer à autres demandes extraordinaires [... ...] et dû contribuer aux frais des présents faits au Marquis de Bouffers Dusels [ou Duxsel] et autres lors étant campés à Harelbecque ... et Quennaf [Escannaffles] passage et repassage de garnison allant d’un camp à l’autre et des villes voisines et finalement au siège de Courtray [... ...] se sont joints par ensemble audit siège et les troupes d’iceux ont fourragé presque tous les grains dudit Libert, de ses voisins et autres lieux et même avoir été obligé de se sauver avecq ses bestiaux et meubles et payé les despens de sauvegarde [... ...] l’espace de deux mois ou plus que le tout à cause qu’iceluy Libert est presque totalement ruiné...[xxxiii].
En mars 1684 Louys Stock doit livrer un cheval à Courtrai parmi quatre chevaux qui ont été employés à charier du canon vers Audenarde party le 16 dito et retourné le 28 dudit mois envers le midy ... [xxxiv].
Finalement, l’armée française quitte la châtellenie de Courtrai en mai 1684 abandonnant les fortifications et, le 5 octobre 1684, la trêve de Ratisbonne ramène un calme provisoire (le quatrième) de trois ans (fin 1684 - début 1688)[xxxv]. La France y obtient plusieurs de nos villes mais, ô curieux caprice de la politique, Luingne et les villages des Treize Paroisses restent terre espagnole.
Durant ce repis des hostilités, on s’acquitte de dettes et panse ses nombreuses plaies : on remet au bailli Guillaume Lievens une pistole d’or déboursée par lui pour défense contre Français qui pillent ou font exécution sur la châtellenie de Courtrai. On règle à Georges De Lespaux, tavernier à la place de Luingne, l’ardoise laissée "pour des despens faits à sa maison par des parties de soldats disant de chercher après des déserteurs". Les broqueux des cloches fatiguées de sonner le tocsin sont raccommodés par le charpentier Daniel Parmentier[xxxvi].
En septembre 1684, deux cent septante-trois rations de foin, paille et avoine sont livrés au marquis De Bouflers à Harelbeke en cinq chariots empruntés à Jean Fauvercq, Jean Liebert, Guillaume De Cottegnies, Louys Stock et Jean Simon. Ce même mois Louys Stock est contraint d’amener des bagages militaires d’Harelbeke vers Ypres.
D’autres rations de fourrage et picotains d’avoine seront encore demandés en octobre, décembre 1684 et janvier 1685[xxxvii].