L'ancien village de Luingne en 1672

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La guerre de Hollande (1672 - 1679)

En 1672, peu satisfait des décisions du (premier) traité d’Aix-la-Chapelle concernant les territoires acquis, Louis XIV ordonne à Louvois, son secrétaire d’Etat à la Guerre, de ravager les Pays-Bas espagnols en vue de les annexer puis d’attaquer la Hollande qu’un inondation organisée protégera.

Rappelons que les Français sont maîtres ici et notre seigneur Nicolas Basta est d’ailleurs nommé grand bailli de la ville et châtellenie de Courtrai par Louis XIV le 28 décembre 1676.

Au début, si le théâtre des combats de cette guerre se cantonna surtout dans la vallée de la Meuse, des "courses" ou incursions espagnoles dans notre région furent si onéreuses pour la châtellenie de Lille que les Français firent établir, à partir du 10 juillet 1677, des "lignes" de retranchement reliant la Lys à l’Escaut, de Menin à Espierres et dont une fraction traversa le territoire de Luingne le long de la Grande Espierre dict Lespierrettes au Plavitout.

Le creusement de ces tranchées, l’édification et l’entretien des ouvrages complétant l’ensemble de ce dispositif de défense nécessitaient de lourds travaux de terrassement que l’armée française entreprit avec l’aide forcée des habitants voisins. Ces fortifications de campagne se composaient d’un fossé et d’un remblai de terre couvert de palissades et parsemé de redoutes. Le fossé, de coupe trapézoïdale, avait douze pieds de large par le haut (3,96m), quatre par le bas (1,32m) et huit de profondeur (2,64m). Un parapet bordant la tranchée avait douze pieds d’épaisseur et six de haut (1,98m) de côté des troupes de défense; des banquettes fraisées en armaient le bas et des plateformes supportant l’artillerie s’avançaient dans les angles saillants. Des redoutes étaient dressées là où les obstacles comme des levées de terre, des bosquets, etc... en barraient la vision sur une distance maximale d’une portée de canon[xxiii].

Luingne comptait quatre construction de ce genre qui se nommaient de Colonne au "pont du Plavitou", au lieu-dit "La Botte de Lin", de Libert près de la ferme de la Bassée (act. Goemaere), de Toque derrière la ferme de Blommerie (act. Pattyn) et de Tombereau au-delà du Chêne de Bus[xxiv]. Les gens du village devaient envoyer un guetteur dans le clocher pour donner l’alerte; le cas échéant ils se rendaient en armes aux endroits menacés.

A partir du 28 août 1677, la portion des lignes situées sur le territoire de Luingne fut gardée par les troupes de la garnison de Lille. Jean LIBERT, censier des Basses Haies, voisin de la redoute qui porte son nom, dut supporter le logement d’une partie de ce contingent. Il s’en plaint dans une lettre rédigée par le notaire Du Sollier, de Mouscron : ...à raison [.....] qu’yceluy Libert a souffert à cause des troupes prises en logement[xxv].

L’auteur des plans de ces lignes de fortifications est le gouverneur de Tournai De Saint-Sandoux, mais il se peut qu’elles ne furent pas entièrement creusées dès 1677, du moins du Plavitout à Espierres, seules les redoutes auraient été construites à cette époque. L’utilisation de ces ouvrages militaires était bien spécifique, elle consistait avant tout à mettre la région à l’abri des incursions de partis ennemis -ici, pour nous, les soldats espagnols- et en même temps à protéger les convois de l’armée française par une ligne de défense. Ces partis, généralement forts d’une vingtaine de cavaliers de l’armée espagnole, étaient envoyés en terre ennemie, non pour en faire la conquête, mais pour la forcer à "la contribution" qui ruinait le peuple en même temps qu’elle amassait vivres et fournitures diverses pour l’armée. Ces détachements accomplissaient encore d’autres missions chez l’adversaire, comme le pillage et la destruction qui portaient une atteinte directe à la vie économique, la protection des fourrageurs qui exigeaient des provisions de bouche, l’espionnage des forces d’en face, le sabotage de constructions stratégiques et même des actes de représailles. C’est pour toutes ces raisons que les Français, chaque fois qu’ils apparaissaient chez nous, tenaient énormément à ces lignes.

Une compagnie de cavalerie a d’ailleurs passé ses quartiers d’hiver à Luingne du 4 novembre 1678 au 22 février 1679 alors que se déroulaient les traités de Nimègue. Cela nécessita énormément de sacrifices de la part des Luingnois : lits et nourriture devaient être fournis, parfois mêmes les montures. Voici le liste des hôtes luingnois : Jean Fauvarques (censier des Haies) logea des officiers, Pierre Carrette (censier de Plancque), des "cornettes" et des cavaliers, Cornille Roussel, le maréchal des logis et des cavaliers; les suivants reçoivent un ou plusieurs cavaliers : Wallerand LEZY, Philippe Robbe, Jean Bonte, Pierre Escrohart le viel, Arnould Dillie et son aide, Pierre Brabant, Charles Du Bois, Jacque Liebert, la veuve Estienne Delpeutte, Georges Hallewin, Jacques Delpeutte, Louis Stock, Jean Parent, Pierre Du Leu, Guille Delespierre, Mathieu Bonte, Jean Paul, Bartholomé Le Coustre, Bettremieux Becquart, Joos Du Gardin, Guilliame Caudron, Jean Hauwel, Pierre Lescrohart le jeune, Jean Mollet, Jacque Lebacquere, Martin Nuttin, Guillebert De Cotignies, Guilliame Laousse, Maillard Desbonnet, Jean Liebert, Philippe Leclercq, la veuve Pierre Paul[xxvi].

De nombreuses incursions engendrèrent des escarmouches entre Français et Espagnol le long des fortifications dès 1677 et jusqu’au début février 1679 lorsque s’achèvent les traités de paix de Nimègue. Ceux-ci débutèrent le 17 septembre 1678 et se dédoublent en un premier volet qui met aux prises la France, l’Espagne et les Provinces-Unies en 1678, et un second entre la France et l’Empire en février 1679. Ils rendent la châtellenie de Courtrai à l’Espagne, sauf la verge de Menin; la portion de ligne de redoutes passant à Luingne se retrouve donc en territoire espagnol au grand désarroi de Louvois qui s’est démené tant et plus lors des Conférences de Courtrai (1679 - 1682) pour la conserver dans le domaine français conquis. Durant la courte trève (la troisième) qui suivit et s’étendit de 1679 à 1682, les lignes furent délaissées, même probablement détruites.

Jean Hauwel, Adrien Callens et Hubert Dubrifaut sont mentionnés dans le compte de la taille du 21 février 1681 comme ayant été fourassis. Le premier nommé dut par trois fois prêter de force son chariot pour un transport de trois jours à Gand.

On bénéficie également de cette période de calme pour réparer la sacristie et ... fondre de nouvelles cloches. Ont collaboré à ce travail : Philippe Parmentier, son fils, son neveu Pierre et Mattias Du Quesne, carpentiers, George De Lespaux qui a préparé le bois pour fondre le métal des cloches et Jean Dumortier d’Herseaux, maréchal, qui a livré les fers et travaillé au clocher. Arnould Dillie, tavernier, a sustenté tous ces ouvriers durant les travaux[xxvii].